Éducation

Siècle des Lumières, siècle d’internet

L’encyclopédie dite de Diderot et d’Alembert, renaît dans une version magistrale, en ligne et libre d’accès. Une belle façon de redécouvrir cette œuvre majeure des Lumières.

 

Au XVIIIe siècle, sciences et techniques redéfinissent une représentation du monde qui prévalait depuis le moyen âge. Avec la révolution copernicienne du siècle précédent, savants et philosophes mettent le pouvoir de l’Eglise en question. C’est dans ce contexte que naît le désir de doter la France d’un ouvrage qui fera la synthèse du savoir, d’autant que les ouvrages de référence qui datent du XIIIe siècle sont dépassés.

 

Désireux de faire traduire la Cyclopædia anglaise d’Ephraïm Chambers, l’éditeur André Le Breton voit bientôt son projet initial évoluer. Sous l’impulsion de Denis Diderot et de Jean le Rond d’Alembert, en charge de l’ouvrage, s’impose bientôt une œuvre originale beaucoup plus ambitieuse : l’« Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ».

 

Rassembler les connaissances
Le premier volume paraît en 1751. Diderot y écrit ainsi la philosophie de l’œuvre (en bonne logique à l’entrée « Encyclopédie » !) : « Le but d’une Encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la Terre […] ; afin que les travaux des siècles passés n’aient pas été des travaux inutiles pour les siècles qui succéderont ». Près de vingt ans plus tard, après plusieurs périodes d’interdiction émanant du Pape Clément XIII, qui exhorte les fidèles à brûler l’ouvrage, après les attaques des Jésuites et la défection de d’Alembert, l’Encyclopédie achevée comptera au final dix-sept volumes de textes et onze volumes d’illustrations assortis de cinq volumes de supplément et de deux de tables !

Qu’aurait pensé Diderot d’internet ?

Osons croire qu’il en aurait loué les vertus et critiqué les vices. Deux siècles et demi plus tard, la version en ligne de l’Édition Numérique Collaborative et CRitique de l’Encyclopédie ou ENCCRE penche résolument du côté vertu. De par sa gratuité, tout à fait dans l’esprit des Lumières, elle profitera autant à l’étudiant qu’au chercheur, mais aussi au badaud, tant il est aisé de s’y promener au grès des articles.

Un original prestigieux à portée de clic

L’interface, un peu austère, mais rapidement apprivoisée, est très efficace. Basée sur deux exemplaires de la Bibliothèque Mazarine, dont un original de la première édition, acquis à l’époque par cette même bibliothèque, l’encyclopédie ENCCRE a été numérisée et est consultable en haute résolution. Toutefois, afin d’en faciliter la lecture, rendue malaisé par la présence du S long, qui « reffemble à un F », le texte est consultable en typographie moderne.

Recherche par mots, par auteur, par thème, par illustration ; les outils modernes redonnent vie à ces articles. Moins connus que les célèbres planches illustrées, ils sont parfois rédigés par les plus grands esprits de l’époque : Diderot et d’Alembert bien sûr, mais aussi Voltaire, Montesquieu, Jean Jacques Rousseau, etc. Mention spéciale au scientifique Louis de Jaucourt, autre grand porteur du projet, injustement oublié de la postérité, parce que protestant, auteur de 18 000 articles sur les 60 000 que comporte l’encyclopédie !
Diderot approuverait : grâce à l’encyclopédie ENCCRE ces travaux des siècles passés seront utiles aux siècles qui leur succéderont.

 

Cyrille Baron

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