Pourra-t-on un jour télécharger sa conscience dans un autre corps ?

Dans sa nouvelle série Altered Carbon, Netflix propose un monde futuriste dans lequel les humains ont vaincu la mort en téléchargeant leur conscience dans un nouveau corps. Une telle pratique sera-t-elle possible un jour ?

 

Dans Altered Carbon, les humains de 2384 ne meurent plus réellement : leur conscience est stockée dans une petite carte mémoire installée au niveau de leur nuque. Quand ils meurent, cette carte est chargée dans un nouveau corps adulte, et leur vie reprend comme avant. Ce futur, qui développe le concept transhumaniste de Singularité développé par Ray Kurzweil, pourrait-il exister un jour ? Si la réponse semble être « oui », il faut remettre beaucoup d’éléments en perspective.

Ray Kurzweil est un informaticien américain considéré comme l’un des plus grands porte-paroles du transhumanisme, ce concept, plus si futuriste, qui prédit une osmose imminente entre l’homme et la machine. En ligne de mire : le point de Singularité, ce moment où les progrès technologiques feront de l’ordinateur une entité plus intelligente qu’un cerveau humain, et permettra alors de simuler ce dernier. Capable d’avoir une conscience, un ordinateur aussi puissant pourra également, hypothétiquement, en recevoir une venue d’un humain. Kurzweil estime que le point de Singularité pourrait être atteint aux environs de 2045. Demain, donc.

 

Entre évolutions et limites

L’un des projets de Ray Kurzweil est de télécharger la conscience de son père, décédé il y a 40 ans, dans une machine. Un projet qui, s’il pourrait aboutir, comporte une importante nuance : Kurzweil n’a jamais téléchargé la conscience de son père. Il compte la reconstituer numériquement avec les données en sa possession. On est bien loin de la carte mémoire qui enregistre tout d’Altered Carbon !

Ces dernières années, de nombreuses recherches visant à créer un cerveau synthétique ont contribué à alimenter l’imaginaire autour du procédé. En 2008, le projet Blue Brain a réussi à traduire une partie du cerveau d’un rat en données mathématiques. Plus récemment, en décembre 2017, les chercheurs du projet OpenWorm sont parvenus à cartographier avec une très grande précision le cerveau d’un ver de terre, pour le charger ensuite dans un robot en Lego. On est encore loin du téléchargement d’une conscience, mais la science avance.

Reste que ce qu’il pourrait être possible de faire avec le cerveau d’un ver, qui compte 302 neurones, n’est rien du tout consacré au cerveau humain, qui contient entre 86 et 100 milliards de neurones. Le traitement des données est l’une des questions les plus évidentes : il faudrait une machine avec une puissance de calcul incroyablement élevée pour arriver à télécharger une conscience humaine, et la stocker. Selon Henry Markram, à la tête du projet Blue Brain, l’évolution technologique actuelle est telle que ce problème pourrait être résolu dans les prochaines décennies.

 

Et le corps d’accueil dans tout ça ?

Quand bien même les scientifiques parviendraient à sauvegarder la conscience humaine dans les prochaines décennies, il resterait à savoir quoi en faire. La création d’enveloppes humaines comme dans Altered Carbon est un sujet presque plus problématique que celui du téléchargement de conscience, car il touche à l’épineuse question du clonage. Et à l’heure où le clonage de deux singes en Chine pose de grandes questions éthiques, s’offrir un nouveau corps n’est clairement pas pour demain.

Mais ce n’est pas forcément un problème pour les transhumanistes. Si Ray Kurzweil envisage la conscience directement dans un ordinateur, le milliardaire russe Dmitry Itskov estime qu’en 2045, il devrait être possible de charger une conscience humaine dans un avatar holographique. Et pour en arriver à ce but ultime, il vise trois autres étapes : le contrôle d’un robot avec une interface neurale directe entre 2015 et 2020, la transplantation d’un cerveau humain dans un robot entre 2020 et 2025, et la possibilité de transplanter la personnalité d’un être humain en plus de son cerveau entre 2030 et 2035. Et donc, l’hologramme, entre 2040 et 2045.

Le milliardaire a décidé de quitter le monde des affaires et de consacrer une grande partie de sa fortune à ce projet, nommé Initiative 2045. Il travaille avec de nombreux scientifiques qui considèrent cette démarche « extrêmement difficile, mais possible ». Pour le moment, aucunes preuves concrètes d’avancées du projet n’ont été dévoilées.

 

Une route très longue

Les multiples projets scientifiques autour de la question du téléchargement de la conscience humaine prouvent un intérêt évident pour le sujet. Si des avancées sont souvent réalisées, le cerveau humain est encore un mystère sur bien des points, et la technologie nécessite de multiples perfectionnements. Néanmoins, tout tend à croire que ce sera un jour possible, dans un futur probablement lointain. On n’a pas fini de prendre soin de notre unique corps !

 

Audrey Oeillet

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