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Le coup de soleil artistique : la tendance dangereuse qui s’étend sur les réseaux sociaux

Marek Hoffmann Autor, Hemd & Hoodie

Nombreux sont ceux qui considéraient le planking, le batmanning et le owling comme une douce folie. Le vadering et le hadoukening étaient souvent plus créatifs, le leisure diving assez divertissant, et le Ice Bucket Challenge se pratiquait pour une bonne cause. L’attrait des tendances Internet et leur propagation ne sont pas toujours clairs pour les non-initiés. Toutefois, même si elles sont un peu ennuyeuses, personne n’est généralement blessé.

C’est un peu différent avec le défi du sel et de la glace, celui de la cannelle ou de Kylie Jenner, qui exposent les adolescents en particulier à des risques pour leur santé qui peuvent souvent être très graves. Cette galerie d’exemples de stupidité collective vient de s’agrandir avec l’arrivée d’une autre tendance discutable : le « sunburn art » ou coup de soleil artistique. En principe, il s’agit d’une méthode de branding, comme on l’appelle dans le secteur du tatouage, mais à l’envers.

https://www.youtube.com/watch?v=FIJFJsBQuJc

Plus dangereux qu’un coup de soleil « normal »

Les conséquences sont évidentes même pour ceux qui ne sont pas dermatologues

Pour obtenir le résultat désiré, le motif n’est pas appliqué sur la peau avec un fer rouge, mais avec de la crème solaire, un tatouage temporaire ou un pochoir fait maison, que l’on protège ensuite du soleil. La peau autour du motif n’est pas protégée et elle est exposée à la lumière directe du soleil. Elle est donc délibérément et progressivement brûlée. Le contraste entre la peau couverte et exposée donne le motif souhaité. En fonction du type de peau et de l’intensité du soleil, la palette de couleurs varie du rose pastel au marron foncé, en passant par le rouge homard. Nul besoin d’être dermatologue pour imaginer le résultat, et ses effets néfastes, pour nombre de ces lanceurs de tendance inexpérimentés.

crème cœur

À la différence d’un coup de soleil « normal », qui survient souvent par négligence, le coup de soleil artistique présente un danger totalement différent. Ces adorateurs du soleil s’exposent délibérément au risque de brûlure sans aucune protection, et sont même prêts à rester au soleil plus longtemps jusqu’à ce que « l’œuvre d’art » soit totalement achevée. Les motifs marqués sont alors photographiés, partagés et échangés sur les réseaux sociaux comme Instagram, avec le hashtag #sunburnart, #tantattoo ou #suntattoo.

fleur

Pionnier malgré lui

« Je sens que ma peau devient rouge »

En matière d’œuvre d’art, dès les années 1970, l’artiste corporel, d’installation et de land Dennis Oppenheim a utilisé une forme de coup de soleil artistique pour sa performance « Reading Position for Second Degree Burn ». Il s’est exposé aux rayons directs du soleil, avec un livre ouvert sur l’estomac, pendant cinq heures sur la plage de Jones à New York.

coup de soleil livre

Son intention était certainement différente de la tendance qui sévit actuellement sur les réseaux sociaux, mais elle a donné le même résultat. Son commentaire est représentatif : « il n’y pas que les tons de peau qui changent, les modifications se font aussi au niveau sensoriel. Je sens que ma peau devient rouge. »

Sans aucune visée artistique ou désir de lancer une mode, des millions d’autres personnes sont susceptibles d’avoir testé le principe du coup de soleil artistique à ce jour. Elles ont partiellement couvert leur corps avec un maillot de bain ou un short, des lunettes de soleil ou des bijoux sous un rayonnement intense ou pendant une période prolongée d’exposition au soleil.

Une tendance dangereuse

Plus de 18 000 cas de cancer de la peau chaque année

En plus de leurs images sur les réseaux comme Instagram, de nombreux artistes du coup de soleil gardent également une cicatrice à cause de la brûlure, mais elle est le cadet de leurs soucis. L’exposition intense aux rayons UV avec coup de soleil (répété) est une cause majeure de mélanome malin de la peau.

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Sans qu’elles en soient responsables, plus de 18 000 personnes développent chaque année en Allemagne cette forme de cancer de la peau la plus maligne, avec des chiffres également répartis entre hommes et femmes. La partie la plus vulnérable du corps pour le supposé sexe fort est le dos, et les jambes pour leur meilleure moitié. S’exposer délibérément à un tel risque pour obtenir quelques « J’aime » et partages sur les réseaux sociaux est réellement dangereux. Espérons que cette tendance actuellement plutôt faible n’atteindra pas le même niveau de popularité que les exemples négatifs mentionnés précédemment.   


Image 1 : Instagram – magnifiquespa
Image 2 : Instagram – bbear430
Image 3 : Anonyme Bookoholiker
Image 4 : Flickr – Emily Hildebrand (CC BY 2.0)
Image 5 : Instagram – noticias24ven, etoocheninteresno et thingsandink

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