Aux limites de l’innovation

Le biohacking, biologie participative et citoyenne

Le biohacking… rien à voir avec la cybercriminalité ciblant le corps humain. Non le biohacking c’est la biologie participative, c’est le fait d’ouvrir à tous les sciences du vivant. Et voici à quoi ça sert !

 

On confond souvent hacking et piratage informatique. Pourtant, rien de répréhensible dans le biohacking. Du reste, le nom français en dit plus sur la finalité de la discipline : la biologie participative.

Cette « open biologie » doit son analogie avec le hacking informatique, à certaines valeurs communes aux deux cultures. Le hacking, c’est l’envie de comprendre en explorant, en décortiquant. C’est aussi, en plus de cette expérimentation en dehors des sentiers battus, le partage des recherches, modes opératoires et découvertes par le biais de clubs, laboratoires ouverts et listes de diffusion sur internet.

Inscrite dans le courant DIY (Do It Yourself ; faites-le vous-même), la biologie participative s’est incarnée en 2008 sur le forum informatique diybio dans un premier temps dans l’environnement du MIT (Massachusetts Institute of Technology), pour essaimer par la suite dans le monde entier. En France, dès 2009, La Paillasse, laboratoire ouvert, communautaire et citoyen, s’est rapidement constitué en réseau interdisciplinaire de laboratoires « offrant sans discrimination d’âge, de diplôme ou de revenu, le cadre technique, juridique et éthique nécessaire à la mise en œuvre de projets collaboratifs et open source. » Depuis 2014, La Paillasse est soutenue par la Ville de Paris. N’hésitez pas à visiter leur site internet pour en apprendre plus sur le sujet.

La Paillasse produit un bioréacteur open source à un prix accessible à tous.
La Paillasse produit un bioréacteur open source à un prix accessible à tous.

Se réapproprier la biologie

Le biohacking veut explorer les sciences du vivant, sans se préoccuper de notions de brevets, ni devoir se soumettre aux contraintes des grands laboratoires académiques ou industriels. Elle souhaite mettre la science à la disposition du plus grand nombre : scientifiques, mais aussi étudiants, artistes – l’un n’excluant pas l’autre-, simples citoyens.

Elle part du principe qu’il n’est pas normal, voire dangereux, que la biologie demeure la chasse gardée du savoir académique ou de puissances capitalistiques des grands laboratoires. Le but est autant d’interroger ce savoir que de se le réapproprier, comme le fait l’open source en informatique.

Cette profession de foi peut prêter à sourire, mais ce serait oublier qu’avant l’ère des enjeux financiers de la bio technologie, les chercheurs, ou comme on les appelait, les « savants », firent la plupart de leurs découvertes avec les moyens du bord. Ainsi Pierre et Marie Curie, qui menèrent leurs premières expériences sur la radio-activité dans leur cuisine.

Toujours à La Paillasse, la recherche sur les encres colorées à base de micro-organismes, afin de remplacer les colorants actuels polluants, a débouché sur la création de la startup PILI http://www.pili.bio/.
Toujours à La Paillasse, la recherche sur les encres colorées à base de micro-organismes, afin de remplacer les colorants actuels polluants, a débouché sur la création de la startup PILI http://www.pili.bio/.

 

Le biohacking pour des réalisations à moindre frais

En biohacking, la débrouille prévaut, mais cela n’empêche pas certains laboratoires ouverts (Bio hacker space), de se prévaloir de belles réussites. Ainsi, répondant à un appel d’offres de la NASA, la Paillasse a pu créer un bioréacteur pour 500 euros. Ce type de matériel, qui vaut normalement 100 fois plus cher, permet de contrôler la prolifération des bactéries, dans le but de créer des biomolécules, ou de détoxifier des déchets.

Ailleurs, ce sont des tests permettant de mettre en évidence la présence d’OGM dans les aliments, des tests de dépistage de maladies génétiques rares qui ont été créés pour quelques euros ou bien du matériel d’échographie à bas coût, destiné aux pays en voie de développement.
On pourra également citer le projet collaboratif de reconnaissance automatique des tumeurs de l’université de Standford, mêlant deep learning et base de données ouverte, dont nous nous faisions l’écho récemment (ici).

 

Cyrille Baron

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