Aux limites de l’innovation

La robotique envahit les arts du spectacle

La palme du cyber-spectacle de l’été est sans conteste délivrée à l’Allemagne : l’Opéra Comique de Berlin a présenté cet été « My square lady » le premier Reality Robot Opera du monde. Ce show a fait beaucoup parler de lui, ou plutôt de sa star Myon qui semble tout droit sorti d’un film de science-fiction. Imaginé par le collectif international Gob Squad, le spectacle rend compte du parcours initiatique d’un petit androïde dans le monde des émotions humaines. Les chanteurs qui l’accompagnent interprètent le personnel d’un opéra qui a pour tâche de sensibiliser le robot aux émotions que procure l’art lyrique.

 

Mais qu’entend-t-on exactement par Reality Robot Opera ?

Reality Opera désigne les spectacles dont le concept exige une certaine liberté d’action des comédiens et chanteurs. Avec “My Square Lady”, le terme “reality” prend une toute autre dimension. Si les comédiens sont tenus de jouer leur texte à la lettre, le robot Myon n’est absolument pas programmé et évolue de façon indépendante sur scène. Plus impressionnant encore : le comportement de Myon répond à un mécanisme strictement émotionnel. Le robot a en effet été conçu pour réagir à son environnement à la manière d’un enfant qui découvre le monde. Grâce à ses capteurs, son attention se focalisera à tour de rôle sur un son ou un mouvement qui l’attirera plus qu’un autre. Cette liberté du robot sur scène laisse place aux surprises et aux rencontres inattendues avec les comédiens.

 

MysquareLady
Myon, une prouesse technique conçue par un laboratoire de recherche neurorobotique berlinois. Photo : Iko Freese – drama-berlin.de

Du robot sensible au robot aide-mémoire

Les Allemands ne sont pas les seuls à mélanger surprise, émotions et robots sur leurs scènes. Au Royaume-Uni, la compagnie Pipeline Theatre a présenté « Spillikin, a love story » à l’occasion du Fringe 2015, le grand festival d’art d’Edimbourg. Ce show met en scène un couple de personnes âgées et un « RoboThespian », robot humanoïde élaboré par Engineered Arts.

A l’origine, ce type de robot est conçu pour interagir avec un public, dans un environnement touristique ou marketing où il sait s’adapter aux langues natales et faire preuve de convivialité. Le RoboThespian sait détecter des visages particuliers, réagir à certaines émotions, sons et gestes, ce qui en fait un comédien idéal pour une pièce de théâtre tragi-comique. En effet, dans « Spillikin, a love story » l’humanoïde est conçu par un vieil homme pour l’aider à faire face à la maladie d’Elzheimer de sa femme. Encensé par la critique pour la beauté de son sujet et son innovation, la pièce sera en tournée nationale en 2016.

 

La scène française, pionnière en expérimentation robo-poétique

Vous avez sans doute entendu parler de NAO, le robot humanoïde made in France conçu par Aldebaran Robotics. Habituellement sollicité dans l’éducation pour son potentiel pédagogique, ce petit robot a été détourné de ses propriétés éducatives par la chorégraphe Blanca Li qui lui a trouvé une place sous les projecteurs. Et la reconversion est plutôt concluante : le spectacle « ROBOT » s’est exporté à New York cet été et continue de tourner un peu partout en France depuis sa création en 2013. Il propose une interaction rythmée entre huit danseurs, un orchestre automatisé qui joue sur scène et sept robots NAO.

Mais parce qu’une machine reste une machine, quel que soit son degré d’anthropomorphisme, c’est en la dépouillant de ses mimiques humaines et en la décontextualisant de ses usages que le metteur en scène Aurélien Bory interroge sa place dans notre société. Dans sa pièce de théâtre Sans Objet, la performance prend vie sous la forme d’une rencontre : celle de deux hommes et d’un gigantesque bras mécanique industriel dépourvu de toute fonction. Ici, la présence du robot sur scène est questionnée par le sentiment d’absurdité qu’elle soulève d’emblée chez le spectateur. Une expérience à vivre encore jusqu’en 2016 pour quelques dates en Europe.

Sansobjet-AurélienBory
Sans Objet, une mise en scène d’Aurélien Bory avec un bras mécanique programmé par Tristan Baudouin.

 

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