L’avenir des équipements wearables

Guidé par WayBand, un aveugle court entièrement le marathon de New York

Grâce à un tout nouvel appareil, l’entreprise WearWorks souhaite aider les aveugles et les malvoyants à se mouvoir plus sereinement en ville grâce à la technologie haptique. Pour tester leur dispositif innovant, quoi de mieux que de le mettre à l’épreuve du grand marathon de New-York ?

 

Il y a quelques jours avait lieu la 47ème édition du marathon de New York. Mondialement connu, l’événement rassemble près de 56 000 coureurs venus de 120 pays différents. Parmi ces nombreux participants, l’un d’entre eux n’est pas passé inaperçu, et pour cause : Simon Wheatcroft est aveugle. Ce britannique de 35 ans est atteint de déficience visuelle depuis l’âge de 17 ans.

On peut déjà difficilement imaginer la difficulté qu’éprouvent les malvoyants à se déplacer en ville : le moindre panneau de signalisation provisoire ajouté sur un trottoir, la moindre inattention d’un enfant qui court peut rendre le chemin plus compliqué que prévu. Courir le marathon de New York se présente comme un challenge hors du commun : le parcours s’étend sur 42 km et traverse pas moins de 5 ponts, des virages serrés, sans oublier les fameuses collines de Central Park. Mais le plus préoccupant des obstacles pourrait être le nombre de participants, qui pour la plupart ignorent le handicap de Simon Wheatcroft et l’immense défi qu’il s’est lancé.

Pour autant, l’intéressé avait toutes les clés en main pour aborder le marathon avec sérénité : Simon Wheatcroft n’en était pas à sa première course. Celui-ci a déjà couru plusieurs marathons, toujours entouré de personnes qui, courant à ses côtés, ont pu l’aider à repérer et prévenir les éventuels obstacles (nid-de-poule, objet au sol…). Mais même en étant bien entouré, la pratique s’avère dangereuse : Wheatcroft a déjà percuté une voiture lors d’un entraînement.

Simon Wheatcroft entouré de ses partenaires de course.

 

Cette mésaventure n’a pas découragé le coureur qui, cherchant une solution pour atteindre une certaine indépendance dans sa pratique du sport, s’est rapproché de l’entreprise WearWorks. La société, composée du concepteur et ingénieur Keith Kirkland et de ses deux camarades de classe Yangyang Wand et Kevin Yoo, est spécialisée dans les technologiques haptiques adaptées aux personnes atteintes de troubles de la vue.

La team s’est mise à travailler sur un dispositif de navigation portable destiné aux aveugles et aux malvoyants. Le produit, qui prend la forme d’un bracelet nommé « Wayband », est conçu pour guider les utilisateurs vers leur destination. Ici, pas de voix anthropomorphique qui peut si facilement insupporter les utilisateurs de GPS : le dispositif utilise uniquement des vibrations pour signaler la direction à prendre.

Wayband de la société WearWorks
Wayband de la société WearWorks

Le fonctionnement est simple : sous la forme d’un brassard relié au smartphone via Bluetooth, Wayband recueille les informations de localisation de deux applications de cartographie :  Google Maps et OpenStreetMap.

L’utilisateur sera informé de la destination à prendre grâce à la fréquence des vibrations émises par le bracelet. Il devra ainsi se familiariser avec un code précis : quatre vibrations courtes et rapides indiqueront un virage à gauche, deux vibrations longues signalent un virage à droite…

L’intérêt d’un tel système haptique est de libérer l’ouïe de l’utilisateur pour lui permettre de se focaliser pleinement sur l’environnement ambiant afin d’être doublement alerte sur ce qu’il se passe autour de lui. En effet, si la communication vocale peut délivrer des informations précieuses de façon claire, elle peut aussi en masquer d’autres tout aussi importantes.

Pour aborder la course avec tranquillité, Wheatcroft s’est doublement équipé : en plus de porter un bracelet WayBand, il a choisi d’embarquer un appareil à ultrason surnommé « The Turtoise » (la tortue). Attaché à son torse, l’appareil conçu également par WearWorks permet une navigation à micro-échelle, c’est-à-dire qu’il alerte l’utilisateur en cas d’obstacle imminent. Le fonctionnement est similaire aux « bips » de plus en plus rapprochés qui indiquent à un conducteur en marche arrière qu’il frôle la collision. Encore une fois, WearWorks fait l’économie du son et propose uniquement des vibrations comme signal d’alerte.

 

Grâce à ces dispositifs, Simon Wheatcroft a pu finir la course qui s’est déroulée sans encombre.  Le sportif a réussi à éviter sans problème des groupes de coureurs : « Je ne l’avais jamais vu esquiver des choses comme ça tout seul » relève Neil Bacon, son partenaire de course.

Mais vers la fin du parcours, l’appareil a fait des siennes, probablement perturbé par la forte pluie qui s’est mise à tomber. Simon a dû donc faire appel de nouveau à ses co-pilotes pour l’aiguiller. Il a pu aussi se concentrer davantage sur les lignes sur la route qu’il parvenait à sentir avec ses pieds.

« Il y avait beaucoup de gratte-ciel qui causaient des problèmes de navigation lors de la traversée des ponts. Nous avons fait la chose la plus difficile que nous pouvions faire : tester le Wayband pendant le marathon » explique Yoo, soulagé à la fin de la course.

Bien que la course ait été éprouvante pour Simon, elle aura permis à l’équipe de WearWorks de mettre à l’épreuve son appareil et de cerner ses failles. La société n’a pas attendu très longtemps pour améliorer son produit : dès la fin du marathon, les concepteurs se sont mis à travailler sur les correctifs à effectuer.

Ces appareils représentent une vraie alternative aux dispositifs à commande vocale pour les déficients visuels : discrets, précis et tout aussi efficaces, ils pourraient même développer des envies de running insoupçonnées !

L’appareil est actuellement disponible en version beta. Il est possible de se le procurer, notamment pour contribuer à participer à son développement, pour environ 300€.

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