Aux limites de l’innovation

FashionTechWeek : zoom sur les technologies dans l’univers de la mode

Jacques Leroux, délégué de la filière Création mode design à la CCI Ile-de-France l’affirme : « Pas de mode sans technologie ». Pour lui, les deux mondes sont pourtant le ying et le yang. Avec la mode, on baigne dans l’émotionnel, l’esthétique qui prime sur l’usage et la saisonnalité. La technologie, quant à elle, est rationnelle, avec une primauté à l’usage, une forte R&D et des innovations transférables. Pourtant force est de constater que les deux mondes s’attirent. Non seulement on injecte de la technologie dans la mode (l’Apple Watch est traité comme un objet de mode en couverture des magazines de mode), mais surtout les technologies se mettent au service de la mode, de la conception à la distribution. Petite revue des changements à venir sur toute la chaîne.

 

Les matériaux innovants cherchent leurs applications

Depuis l’invention du nylon dans les années 30 ou du polyester dans les années 50, les textiles vivent au gré de nouveautés issues de la chimie. Plus récemment, on a vu débarquer des cosméto-textiles au succès jusque-là mitigé : des textiles anti-bactériens, anti-UV, des jeans raffermissant ou des tissus thermo-régulant en fonction de la chaleur extérieure. Aujourd’hui, on compte beaucoup sur les textiles biosourcés et sur les nano-polymères qui rendent un tissu hydrophobe par exemple. On évoque aussi des vêtements qui grandissent avec l’enfant ou des tissus auto-réparant !

 

La conception jusque dans le drapé

Les outils de conception informatisés ne sont pas nouveaux. Les dernières évolutions consistent à permettre des rendus dynamiques, comme le tombé d’un tissu ou le rendu d’une robe portée en mouvement. Et de citer les travaux sur la modélisation de Marie-Paule Cani, chercheuse en informatique à l’Inria, qui ont des applications dans le monde de la mode, mais aussi Dassault Systèmes qui s’intéresse au sujet.

 

Les outils de production pour les petites séries

Pour Jacques Leroux, les outils de fabrication additive sont prometteurs grâce à leur capacité à produire des petites séries à prix raisonnable. Ce n’est pas tant l’impression 3D que les technologies laser qui vont se révéler utiles. Il en veut pour exemple la très expérimentale Spider Dress et ses capteurs d’émotion qui embarque un module Intel Edison.

Spider Dress Intel Edison
La Spider Dress avec ses capteurs d’émotion qui embarque un module Intel Edison.

Les textiles connectés : beaucoup d’expériences en chantier

Le textile est le support au cœur d’un système qui comprend des capteurs et de l’électronique. Plusieurs exemples sont avancés. La technologie de Primo1D, une émanation du très sérieux institut de recherche CEA Leti qui a levé 3 millions d’euros pour développer des fils qui intègrent des puces RFID ou des LED. C’est la technologie utilisée dans la e-chaussette de Bleuforêt, un projet développé dans le cadre du programme Connectitude du R3ilab. Il s’agit surtout d’améliorer la traçabilité du produit, mais aussi de le doter d’un antivol intégré. L’autre projet majeur est « Jacquard » soutenu par Google et Levi’s qui cherchent à créer des vêtements qui deviennent des interfaces.

Projet Jacquard
Projet Jacquard soutenu par Google et Levi’s qui cherchent à créer des vêtements qui deviennent des interfaces.

Les textiles connectés ont des applications médicales et de bien-être et attirent des entreprises comme le français Citizen Sciences, Ralph Lauren qui a lancé un teeshirt connecté pour les sportifs ou la start-up Wair et son foulard anti-pollution.

 

Ralph Lauren
Ralph Lauren lance un T-Shirt connecté pour les sportifs

Le lèche-vitrine revu et corrigé

On remarque des applications comme Snap Fashion et Slyce qui transforment le monde en une vitrine géante : à partir du vêtement photographié, elles guident l’internaute jusqu’à l’achat. Flayr fait de même avec les vêtements repérés sur Instagram. Dans les boutiques en ligne, des applications de réalité augmentée permettent d’essayer un vêtement. Par exemple, Carrefour vient d’annoncer sa cabine d’essayage virtuelle, basée sur la technologie de Fitle, pour essayer 40 modèles de sa marque Tex surimposés sur une photo de l’acheteuse. Netello est capable de créer un clone digital à partir de quelques photos prises sur un smartphone. Faire du shopping, la face la plus visible de la mode, est sur le point de changer.

Mode Carrefour Fitle
Carrefour vient d’annoncer sa cabine d’essayage virtuelle, basée sur la technologie de Fitle, pour essayer 40 modèles de sa marque Tex surimposés sur une photo de l’acheteuse

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