De Tesla à Volvo, ça roule pour les camions semi-autonomes

Les semi-remorques à conduite semi-autonome, voire autonome, sont actuellement en développement au sein de plusieurs entreprises. Quels sont les enjeux de ce genre de véhicules, et quand pourraient-il arriver sur les routes ?

 

Si la voiture semi-autonome est déjà une réalité, notamment grâce à Tesla, la voiture autonome appartient toujours à notre futur, même s’il est de plus en plus proche. Du côté des camions qui sillonnent les routes au quotidien, la situation est un peu moins connue, mais elle est similaire. Et les enjeux sont énormes : l’idée est clairement de limiter les risques d’accidents, notamment ceux liés à l’inattention du conducteur, et lui permettre de rouler plus longtemps… et donc, de faire davantage de profit.

Mais avant les considérations financières, le mot d’ordre reste la sécurité. Un argument universel que tous les constructeurs mettent en avant depuis des années, bien avant l’arrivée de Tesla sur le marché des semi-remorques autonomes. Mais, bien que d’autres marques s’y intéressent depuis plusieurs années déjà, c’est l’officialisation de Tesla Semi fin 2017 a mis le sujet sur le devant de la scène.

 

Freightliner, pionnier du genre

Il faut remonter en 2015 pour avoir connaissance du premier camion semi-autonome ayant reçu l’autorisation de rouler aux Etats-Unis. Il s’agit du Freightliner Inspiration, un semi-remorque conçu par la société allemande Daimler. Cet imposant véhicule, qui a commencé à sillonner les routes du Nevada en mai 2015, a rapidement mis en lumière d’intéressants arguments : ses fonctions d’aide à la conduite permettent au chauffeur de moins se fatiguer au volant et d’être moins stressé. Au programme, stabilisation sur la voie, régulateur de vitesse, gestion du freinage ou encore évitement des collisions. Résultat : le risque d’accident est revu à la baisse. Mais ce n’est pas tout : en optimisant la conduite, le véhicule consomme un peu moins de carburant et réduit ses émissions de CO2 de 5%. Il est donc plus sûr, plus économique et plus écologique. La sainte trinité de la route !

Camion Freightliner
Camion Freightliner

Avec son paramétrage via une tablette tactile, le Freightliner Inspiration a fait office de pionnier et a ouvert la voie à d’autres véhicules similaires. Bien vite, Volvo a suivi avec le Volvo FMX, un camion quant à lui capable de circuler de manière totalement autonome. Mais pas de routes pour ce dernier : c’est sur le chantier de la mine Boliden de Kristineberg, en Suède, que cet imposant camion a été testé fin 2016. Le camion de chantier a été équipé de dizaines de capteurs, dont quatre lasers qui lui permettent de circuler avec précision même dans l’obscurité d’une mine.

 

 

On peut également citer Mercedes-Benz qui, en 2017, a dévoilé des chasse-neige autonomes, ou plutôt guidés. En effet, un seul conducteur peut piloter jusqu’à 14 chasse-neige en même temps grâce à une interface d’autoguidage située dans le véhicule géré manuellement. Une seule personne peut ainsi décider de la trajectoire, de la vitesse ou encore de la distance qui sépare les autres engins les uns des autres. Reste que l’expérience menée sur l’une des pistes d’un aéroport militaire, n’impliquait que quatre camions.

Chasse-neige autonome
Chasse-neige autonome

Mais malgré ces belles démonstrations, le camion autonome n’était pas un sujet suffisamment intéressant pour que le grand public s’y intéresse vraiment. Jusqu’à ce que Tesla se décide à dévoiler ses projets.

 

Tesla Semi, semi-autonome ?

Le 16 novembre 2017, Tesla a dévoilé son Tesla Semi, semi-remorque électrique, connecté et autonome. Un projet repoussé plusieurs fois par Elon Musk, patron de l’entreprise. Ce dernier voulait dévoiler des plans concrets et lancer d’emblée les précommandes. On peut dire qu’il a réussi son coup, le Tesla Semi ayant déjà attiré l’attention de plusieurs entreprises, comme Walmart aux USA et Loblaw au Canada, qui ont commandé plusieurs dizaines d’exemplaires du véhicule.

Le Tesla Semi est donc équipé de quatre moteurs électriques qui lui permettent de circuler à une vitesse de 100 km/h sans marchandise. A vide, il a une autonomie de 997 km, et de 804 km à charge maximum (jusqu’à 40 tonnes de marchandise).  Dans la mesure où un trajet moyen de semi-remorque fait 400 km, c’est suffisant pour faire un aller-retour sans recharger, estime l’entreprise.

Elon Musk, Tesla Semi
Elon Musk, Tesla Semi

Et la conduite ? Elle n’est pas 100% autonome, comme on pouvait l’imaginer. Tout comme les voitures Tesla, l’imposant véhicule dispose de la fonction Autopilot, ce qui lui confère une aide à la conduite somme toute confortable. Freinage d’urgence automatique, système de maintien de trajectoire, alerte de risque de collision… à l’intérieur de l’habitacle, le chauffeur est assis au milieu et le tableau de bord se compose de deux grandes tablettes qui lui donnent toutes les informations nécessaires pour gérer efficacement son trajet.

Tout comme pour le Freightliner Inspiration en 2015, les arguments avancés sont le renforcement de la sécurité et une dimension économique, puisque Tesla promet une économie de 20% en optant pour l’électrique plutôt que le diesel. Et l’argument écologique est aussi de la partie. Néanmoins, le Tesla Semi ne pourrait arriver sur les routes qu’en 2020 avec un début de production en 2019. Cela laisse le temps de se préparer.

 

Et le 100% autonome dans tout ça ?

Si Volvo et Mercedes ont fait parler d’eux avec leurs véhicules sans conducteur, voir des camions totalement autonomes sur les routes reste, concrètement, du domaine du fantasme à l’heure actuelle. Et les raisons sont les mêmes que pour les voitures autonomes : la validation de l’arrivée de véhicules sans conducteur prend du temps, nécessite de coûteux tests et, dans certains cas, la nécessité d’adapter les routes.

Camion autonome Volvo
Camion autonome Volvo

L’autre problème bloquant concerne l’acceptation de ce type de véhicules par les entreprises et le grand public. Il existe des questionnements d’ordre éthique – a-t-on vraiment envie de confier sa vie à un véhicule qui décidera pour nous en cas de collision ? – qui sont loin d’être résolus. Cette dimension est renforcée par le côté imposant d’un semi-remorque, qui, entre de mauvaises mains, peut s’avérer très dangereux.

Pourtant, de nombreuses études sérieuses l’assurent : 90% des accidents de camions résultent d’une erreur de conduite, souvent liée à la fatigue du chauffeur. On peut donc imaginer que les camions autonomes du futur limiteront ce type d’accident. Pour autant, si les experts s’accordent sur le fait que les voitures 100% autonomes pourraient bien arriver dans les années 2020, ils sont nettement plus partagés concernant les camions. Steven E. Shladover, professeur de Berkeley en charge du programme PATH (California Partners for Advanced Transportation Technology) qui travaille sur le sujet depuis le début des années 2000, estime qu’il faudra attendre encore plusieurs décennies avant que des poids-lourds autonomes sillonnent les routes, et qu’on pourrait bien ne pas en croiser sur les autoroutes avant 30 ou 40 ans.

Enfin, dernier point, et pas des moindres : qui dit camion autonome dit conducteur absent. Les chauffeurs routiers commencent à s’inquiéter pour leurs emplois, à l’aube d’une nouvelle révolution technologique. Néanmoins, s’il est toujours assez tôt pour s’interroger sur la place des intelligences artificielles dans le monde du travail, sur point, il semble que la route n’appartienne pas encore complètement aux véhicules sans conducteur. On en reparle dans 10 ans ?

 

Audrey Oeillet

 

Share This Article

Read Full Story