Aux limites de l’innovation

Technologie agroalimentaire : les endroits les plus insolites pour les fermes du futur

 

Nos méthodes de culture n’ont pas beaucoup évolué au cours des dernières décennies. Malgré les avancées technologiques en matière d’irrigation, de mécanisation et de modification génétique, la majorité des agriculteurs continuent de planter des graines dans le sol et de récolter leur production dans des cultures traditionnelles.

Mais toutes les exploitations agricoles ne sont pas gérées de la sorte. Certains agriculteurs innovent pour révolutionner les cultures de demain. À Tokyo, par exemple, une entreprise a aménagé la ferme urbaine Pasona O2 sur deux étages d’un immeuble de bureaux du centre-ville.

Le bâtiment dispose d’une rizière et d’un champ de brocolis dans le hall, des fèves germent sous les bancs en bois, et des grappes de tomates pendent au-dessus des tables de réunion. Des lampes LED fournissent la chaleur nécessaire aux plantes, dont la production finit dans les assiettes de la cafétéria.

La ferme urbaine Pasona O2
La ferme urbaine Pasona O2 est installée dans un immeuble de bureaux du centre de Tokyo.

Ce type de culture intérieure pourrait avoir un avenir brillant. À plus grande échelle, l’exploitation agricole Green Sense Farms des États-Unis se qualifie elle-même de « plus importante culture verticale du pays ». Répartie dans un entrepôt de près de 3 000 m2 situé à proximité de Chicago, l’exploitation comprend des champs de laitues, d’aromates, de blettes, de choux frisés et d’autres légumes verts, cultivés sur des portants de neuf mètres de haut équipés de lampes LED. Ainsi, elle n’utilise qu’une petite quantité de terre, d’eau et d’engrais par rapport aux agricultures traditionnelles.

Plus près de chez nous, dans un entrepôt industriel de Beckton, un quartier de l’est de Londres, Unit 84 dit avoir mis en place la première ferme urbaine en culture verticale et aquaponique du Royaume-Uni.

Selon GrowUp Urban Farms, l’exploitant du site, la culture aquaponique « allie l’aquaculture (exploitation piscicole) à l’hydroponie (culture dans une solution nutritive, sans terre) au sein d’un système de recirculation en circuit fermé où l’eau est transférée des viviers vers les cultures, puis retourne dans les viviers. Les plantes absorbent les nutriments restants dans l’eau et, en retour, filtrent l’eau pour les poissons. »

Unit 84, une ferme verticale
Unit 84 se décrit comme étant la première ferme urbaine en culture verticale et aquaponique du Royaume-Uni. Photo : Mandy Zammit

Les fermes verticales en intérieur peuvent offrir aux grands centres urbains un nouveau moyen d’exploiter des cultures de manière fiable, locale et durable.

Elles ont l’avantage de permettre une culture 24 h/24 et 365 jours/an dans des conditions toujours optimales. Au Japon, l’entreprise Spread espère pousser l’initiative encore plus loin. L’idée serait de développer en intérieur des champs de laitues cultivés par des robots et gérés par ordinateur, ce qui permettrait de réduire significativement les coûts de main-d’œuvre.

Une autre alternative à l’agriculture traditionnelle réside dans les fermes sur les toits.

La serre de Gotham Greens à Chicago
Gotham Greens a construit une serre de près de 7 000 m2 sur le toit d’une usine à Chicago.

Aux États-Unis, l’entreprise Gotham Greens a construit une serre de près de 7 000 m2 sur le toit de l’usine de Method Products à Chicago. Selon l’entreprise, cette serre serait la plus grande ferme sur les toits du monde, et produira « presque 10 millions de cultures annuelles de laitues et aromates de première qualité et sans pesticide ».

Toutefois, les fermes verticales et sur les toits ne sont pas les initiatives les plus insolites pour remplacer les terres agricoles habituelles. Les fermes flottantes pourraient constituer une autre option, comme le montre la serre de la Science Barge (péniche de la science) de New York. Amarrée dans le fleuve Hudson, la péniche fonctionne à l’énergie renouvelable, et abrite des cultures de tomates, melons, poivrons et laitues.

La société Forward Thinking Architecture a eu la même idée, mais envisage de développer les fermes flottantes intelligentes (voir ci-dessous) sur une échelle beaucoup plus grande.

Les fermes flottantes intelligentes du futur
Le manque de terres arables nous pousse à imaginer de nouvelles méthodes de culture, telles que les fermes flottantes.

Encore plus intrigant, le groupe Ocean Reef cultive du basilic sous l’eau, dans des biosphères remplies d’air rappelant l’aspect des méduses. Pourtant, l’idée n’est pas aussi farfelue qu’elle en a l’air. Les serres sous-marines sont complètement autonomes, et profitent de températures constantes, ainsi que d’une énorme quantité de CO2 pour les plantes.

Luca Gamberini, le fondateur du projet, nommé « Nemo’s Garden » (Le jardin de Nemo), a mené avec brio une campagne de lancement sur Kickstarter pour pouvoir continuer ses recherches.

Le jardin de Nemo, un projet de ferme sous-marine
Le jardin de Nemo, où l’on cultive du basilic dans des bulles sous-marines attachées aux fonds marins de la mer Méditerranée.

Entre les fermes intérieures, verticales, sur les toits, sur et même sous l’eau, ce ne sont pas idées qui manquent. En installant leurs cultures plus près des villes, les agriculteurs de demain pourront réduire les coûts de transport, doper leur rendement et produire des fruits et légumes de haute qualité et sans pesticide pour répondre aux besoins d’une population mondiale en constante croissance. — Dean Evans (@evansdp)

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