Aux limites de l’innovation

Technical Grammy : la récompense dont vous n’avez jamais entendu parler

Kristin Houser Writer & Editor, LA Music Blog

En marge du clinquant, du glamour et des selfies Twitter de la remise des prix, il existe une cérémonie pré-Grammy exclusive à laquelle les fans ne pourront pas assister dans leur canapé.

La cérémonie Grammy des Special Merit Awards (sur invitation uniquement) honore des personnes et des entreprises dont l’impact sur l’industrie musicale porte au-delà des 12 derniers mois.

Outre les catégories Lifetime Achievement et Trustees (qui récompense un accomplissement plus qu’une simple performance), l’événement inclut également le Technical Grammy Award. Ce prix relativement inconnu est attribué à des personnes et entreprises qui ont apporté d’importantes contributions techniques au domaine de l’enregistrement.

« Depuis le début, la Recording Academy reconnaît qu’un enregistrement d’exception requiert plus que du talent artistique », déclare Bill Freimuth, vice-président senior de l’Académie nationale des arts et des sciences (la Recording Academy). « Les lauréats du Technical Grammy ont créé une technologie qui étend les possibilités et enrichit l’expérience de l’artiste et de l’auditeur. »

Cette année, la société berlinoise EMT (Elektro-Mess-Technik) et le Dr. Harvey Fletcher, « père du son stéréophonique », rejoignent la prestigieuse liste des précédents gagnants du Technical Grammy Award.

Voici trois récipiendaires du Technical Grammy dont l’impact se fait encore sentir dans l’univers de la technologique musicale.

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Ray Dolby

En 1995, la Recording Academy a remis un Technical Grammy à Ray Dolby. Cet ingénieur et inventeur a obtenu plus de 50 brevets durant sa carrière, et son système de réduction des bruits de fond Dolby NR a révolutionné le son, dans les industries de la musique et du cinéma.

Ray Dolby est mort en 2013, mais son héritage survit grâce à Dolby Laboratories, société qu’il a fondée en 1965.

En 2012, Dolby Laboratories a introduit sa technologie novatrice Dolby Atmos, qui permet aux ingénieurs de convertir 128 sons individuels en « objets ». Ces objets peuvent ensuite être placés n’importe où dans l’espace tridimensionnel, y compris au-dessus de l’auditeur. Les cinémas, clubs et casques de réalité virtuelle bénéficient ainsi d’une expérience sonore à 360 degrés.

La technologie Dolby Atmos a déjà été utilisée sous licence par des fabricants d’enceintes, mais Samsung Electronics l’a fait évoluer au CES 2016, en introduisant la première barre de son sans fil compatible avec cette technologie.

Le système HW-K950 inclut une barre de son mince avec trois enceintes frontales, deux enceintes pointant vers le haut, deux enceintes arrière sans-fil Dolby Atmos et un caisson de basses sans fil.

HW-K950-With-Dolby-Atmos

« Les consommateurs bénéficient d’un son provenant de toutes les directions, notamment au-dessus d’eux, qui offre à leur home cinéma une clarté, une puissance, des détails et une profondeur étonnants », explique Doug Darrow, vice-président senior de Dolby Laboratories.

Avec ce système, ce sont les foyers du monde entier qui profitent de l’invention de Ray Dolby.

Robert Moog

The Chemical Brothers, Skrillex et Caribou, nommés dans la catégorie Meilleur album dance/électro aux Grammy 2016, doivent tous beaucoup à Robert “Bob” Moog, lauréat du Technical Grammy en 2002, puisque son synthétiseur Moog est largement considéré comme étant à l’origine de la musique électronique.

Depuis son introduction en 1965, le synthé Moog a été utilisé dans de nombreux morceaux pop, certainement en partie grâce à la récompense décernée en 2002 par la Recording Academy.

bob-moog

 

Malgré le décès de l’inventeur quelques années plus tard, la société qu’il a fondée (Moog Music Inc.) est toujours à la pointe de la technologie musicale.

« Nous concevons tous les instruments de notre catalogue en songeant à l’avenir », affirme Jim DeBardi de Moog Music. « Nous ne nous contentons pas d’innover pour aujourd’hui, mais nous demandons comment créer un outil qui sera encore d’actualité et inspirant dans un an. Et pourquoi pas dans 10 ans ? 50 ? De cette façon, nous sommes toujours tournés vers l’avenir. »

L’an dernier, l’engagement de la société envers l’innovation lui a valu la distinction Best Hardware Instrument 2015 du Music Tech Magazine pour son Moog Sub 37.

Moog-Sub-37

Le synthétiseur hybride analogique/numérique fut considéré comme l’annonce surprise du Winter NAMM 2014, salon commercial du National Associate of Music Merchants. Il fut loué pour combiner la technologie des trois précédents instruments Moog (le Voyager, le Minitaur et le Sub Phatty) dans un même instrument.

« Le Sub 37 s’appuie sur le format traditionnel du synthé mono en insufflant à son ADN la flexibilité inégalée des synthétiseurs modulaires des années 1960 et 1970 », explique Jim DeBardi. « Il intègre également une implémentation MIDI complète qui permet aux circuits analogiques de l’instrument de disposer d’une interface avec les studios numériques modernes. »

Un an après la sortie du Sub 37, Moog a placé la barre encore plus haut en annonçant une nouvelle version de l’appareil au NAMM 2015, avec de nouvelles fonctions permettant aux utilisateurs de modifier et de peaufiner leurs séquences pendant qu’ils jouent, enrichissant la créativité des musiciens.
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Roger LinnEn 2011, la Recording Academy décernait le Technical Grammy à Roger Linn pour ses contributions à la technologie musicale, plus particulièrement la création de la LM-1 D, première boîte à rythmes à utiliser des échantillons numériques.Cet instrument permettait aux musiciens d’inclure des sons de batterie (grosse caisse, caisse claire, toms, etc.) dans leur musique numérique. Grâce à lui, la boîte à rythmes n’a plus été considérée comme un « jouet », mais comme un « instrument essentiel », adopté dès son lancement par des artistes tels que Prince, Peter Gabriel et Stevie Wonder.

Roger Linn conçoit toujours des produits destinés à la musique électronique par le biais de sa société basée à Berkeley, Roger Linn Design. Sa dernière création, le bien nommé LinnStrument, représente une vision unique du contrôleur MIDI traditionnel.

LinnStrument

Comme les autres contrôleurs MIDI, le LinnStrument exporte des informations MIDI, mais il présente deux différences essentielles.

Tout d’abord, l’instrument de Linn intègre une technologie multitouch (en instance de brevet) qui répond aux trois dimensions du mouvement des doigts de l’utilisateur (pression, droite/gauche et avant/arrière), fournissant nettement plus d’expressivité et de nuance qu’un clavier MIDI standard, qui offre uniquement un fonctionnement de type marche/arrêt.

L’autre différence importante réside dans la disposition, qui ressemble davantage à un instrument à cordes avec des lignes de notes chromatiques qu’à un piano traditionnel.

« Un clavier de piano n’autorise pas le portamento, geste important sur de nombreux instruments acoustiques », explique Roger Linn. « Sur les instruments à cordes, le portamento est simple et intuitif. »

L’élément le plus remarquable du LinnStrument réside peut-être dans la décision de M. Linn de commercialiser l’ensemble du logiciel comme un produit open source, montrant qu’il est non seulement un innovateur, mais qu’il soutient également l’innovation d’autres créateurs.

« Contrairement aux instruments électroniques, vous pouvez modifier un instrument acoustique de différentes façons selon vos goûts », poursuit Geert Bevin, responsable de la création logicielle chez LinnStrument.

« En proposant un logiciel libre, l’acheteur est autorisé à modifier son instrument électronique de diverses façons, notamment en réécrivant complètement le code pour que l’instrument réponde exactement à ce qu’il attend. »

Entre Ray Dolby, Robert Moog et Roger Linn, la Recording Academy s’est montrée plus que capable de reconnaître les talents qui ont une grande portée dans le monde de la technologie musicale. Les Special Merit Awards sont loin d’être passéistes et le prouvent avec des lauréats comme EMT et le Dr. Harvey Fletcher.

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