Aux limites de l’innovation

La lune, future station spatiale internationale ?

Nommé président de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) en juillet dernier, Johann-Dietrich Woerner a rapidement défendu l’idée d’un village lunaire dans une interview accordée à la BBC. L’idée de construire un village lunaire par des robots, considérant la lune comme un futur relais possible à l’ISS, circulait déjà dans les couloirs de l’ESA. Elle avait été émise, il y a plusieurs années, par l’astrophysicien Bernard H. Foing mais n’était pas pour autant prise au sérieux dans le monde scientifique. Elle vient d’acquérir une crédibilité nouvelle à l’occasion du 66e Congrès International d’Astronautique (IAC) à Jérusalem il y a une dizaine de jours. Mais de quoi s’agit-il ?

 

La lune comme base spatiale après l’ISS

Pensant déjà à l’après ISS (Station Spatiale Internationale), l’Europe entend participer activement à l’élaboration du prochain séjour long de l’homme dans l’espace. Le grand projet de « moon village » se veut donc cohérent dans la continuation de l’exploration spatiale. Depuis trente ans déjà, de nombreuses recherches sont mises en œuvre aux quatre coins du monde pour donner forme aux installations nécessaires à l’exploration de la lune. La construction d’un village lunaire nécessitera deux types de systèmes d’installations, en orbite et en surface et surtout le concours de toutes les grandes agences mondiales. Ainsi le programme américain Orion devrait déjà permettre, d’ici cinq ans, d’envoyer quatre hommes dans une capsule en orbite autour de la lune. Ensuite, l’expérience acquise via l’ISS dans le domaine du séjour long en orbite ainsi que les résultats des recherches menées sur l’adaptation de l’homme à un espace sans pesanteur seront précieuses pour mener à bien le projet. Et enfin, toute l’expertise de la NASA en matière de convoi humain sur la lune sera indispensable. Cela tombe bien, car il est difficile d’imaginer une opposition de cette dernière au projet de « moon village ». En 2006, la NASA avait déjà pensé à l’élaboration d’une base lunaire, mise à terme en 2011 faute de budget. Aujourd’hui, la recherche américaine est concentrée sur la planète Mars, ce qui n’est pas tout à fait contradictoire avec le projet de l’ESA…

 

Station Spatiale Internationale ISS
La Station Spatiale Internationale, une base qui devrait cesser son activité d’ici 2024.

La lune, une escale vers mars ?

Si elle a encore beaucoup à nous apprendre sur elle-même et pourra faire l’objet de nombreuses recherches sur place, la lune est aussi un emplacement stratégique pour préparer des expéditions vers des destinations encore plus lointaines, notamment la planète mars. Selon des chercheurs du MIT il serait plus rentable d’aller sur mars en utilisant la lune comme point relais, pour y faire un plein de carburant. En effet, la lune dispose de ressources susceptibles de se transformer en carburant de fusée, à condition de développer des équipements capables de les exploiter. Cette escale lunaire réduirait considérablement la masse de la fusée au départ de la terre et permettrait ainsi un coût de lancement bien plus abordable.

Lune Mars MIT
illustration de Christine Daniloff pour le MIT.

Quand “moon village” rime avec robotique et impression 3D

Un village lunaire… l’expression est forte en images : on pense volontiers à des habitations au design futuriste et à des soirées sympas entre voisins passées à scruter le ciel pour distinguer les contours de la Grande Muraille de Chine sur la planète bleue. Dans la réalité, l’expression « village » fait plutôt référence à la cohabitation et donc à la bonne entente nécessaire des différentes nationalités qui seraient présentes sur la lune. Woerner s’explique : « Nous avons suffisamment de problèmes sur Terre entre les différentes nations. L’espace peut dépasser ces problèmes et la Lune semble être une bonne proposition pour une telle coopération. » Le projet, bien que plausible, n’est donc pas tout à fait étranger au registre utopique. Pour Foing, le mot « village » désigne une structure architecturale globale mais aussi affective : il évoque « quelque chose que l’on ne veut pas abandonner ». Mais à quoi ressembleront ces installations lunaires, et comment seront-elles mises sur pied ?

Le village sera construit sur la face cachée de la lune. Cette partie permettrait d’exploiter les ressources locales, notamment le sol lunaire que l’on sait extrêmement riche. Ce sol qui contient du verre, de l’oxygène, des glaces, des minéraux et d’autres éléments rares et précieux pourrait être sollicité comme source de matériau pour… l’impression d’habitats en 3D ! Les constructions de ces habitations, effectuées par des robots ressembleront à des dômes. Les modules devront bien sûr être pressurisés pour pallier le manque d’atmosphère.

 

base lunaire
Dessin conceptuel d’une base lunaire avec module gonflable.

Les orbiteurs déjà mis en place tracent depuis longtemps les contours d’une cartographie complète de la lune, tandis que l’envoi de nouveaux alunisseurs dans le cadre des missions russes Luna 27 et Luna 28 permettront prochainement de localiser les endroits les plus propices à ce type d’installation. En somme, beaucoup d’éléments semblent propices à l’élaboration, à terme, du projet merveilleux de l’ESA. Cependant, le coût de la mise en place d’un village lunaire n’est pas négligeable : il représenterait environ 10 € par européen. On connaît les critiques de l’opinion publique américaine sur le coût de l’ISS… ce nouveau projet suscitera-t-il plus d’enthousiasme sur terre ?

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