Aux limites de l’innovation

De quelles réalités s’inspire Black Mirror saison 3 ?

Black Mirror saison 3

Une chose est sûre : même si les films de SF en raffolent, vous ne rencontrerez pas de sitôt des portails de téléportation ou des machines à remonter le temps. On ne peut pas en dire autant des technologies arborées dans Black Mirror, qui sont plus proches de nous qu’on ne le pense ! Zoom sur les réalités existantes qui ont inspiré la saison 3.

 

Alors que les nouvelles technologies sont très peu interrogées d’un point de vue moral avant d’être proposées au public, certaines fictions permettent de mettre en garde les utilisateurs naïfs sur les outils numériques qu’ils utilisent quotidiennement. La particularité de Black Mirror ? Les fictions d’anticipation proposées par Charlie Brooker sont très proches de notre réalité : elles prennent place dans un contexte qui pourrait être le nôtre dans une dizaine d’années seulement.

Disponible sur Netflix depuis le 21 octobre, la saison 3 nous interroge plus que jamais sur les conséquences que peuvent avoir les nouvelles technologies sur nos vies. Chacun des six épisodes s’empare d’une réalité ou d’un concept existant pour le tirer jusqu’à son paroxysme le plus noir, et montre les conséquences dévastatrices de ceux-ci sur les humains. Alors qu’est-ce qui existe, qu’est-ce qui n’existe pas encore ? On fait le point !

 

E1 – Chute libre : des applis pour noter les gens ?

L’intrigue du premier épisode de la saison 3 se tisse autour d’un réseau social qui offre aux gens la possibilité de se noter les uns les autres. Dans l’épisode, le réseau social qu’utilisent les personnages occupe une place démesurée dans leur vie. Notamment parce qu’ils n’ont pas le choix d’y adhérer ou non : il s’agit d’un outil obligatoire au même titre qu’une carte d’identité. Ainsi, à chaque humain est attribuée une note sur cinq qui évolue au cours des rencontres de la journée. Cette note colle à la peau des gens comme une partie de leur identité, et dessine de nouvelles classes sociales (les « 4 et + » …).

Dans notre réalité, il existe déjà une application iOS qui permet de noter et d’évaluer les gens qui nous entourent ! Elle se nomme Peeple et elle permet à tout un chacun de juger les compétences professionnelles, personnelles et amoureuses des autres. Bonne nouvelle : Peeple est loin d’être populaire, elle est même victime du système de notation qu’elle adule puisqu’elle n’a qu’une seule étoile sur l’Apple store.

 

 

Mais soyons prudents, car d’autres réseaux sociaux et applications bien plus friendly donnent la possibilité de noter les gens, ou de quantifier leur popularité : BlablaCar, Uber, Air BnB… Sans oublier les plus vicieux, Facebook et Twitter, qui font la part belle aux données quantifiables : nombre d’amis, nombre de likes, nombre de followers… tous ces éléments qui peuvent être interprétés comme témoins d’une réputation, et qui ne reflètent pourtant qu’une infime partie des gens.

 

E2 – Playtest : quand la réalité augmentée rencontre le Survival Horror

Dans Playtest, le personnage principal, Cooper, est invité par une grande société de jeu vidéo à tester un nouveau dispositif de jeu horrifique en réalité virtuelle, « le plus personnalisé de tous. » Le jeu se sert de l’esprit du joueur pour trouver comment l’effrayer : en faisant apparaître des personnes de son entourage par exemple, ou en jouant sur ses plus grandes phobies…

Pour tester le jeu, un implant appelé « champignon » est fixé au niveau de la moelle épinière du joueur. On y charge un logiciel de pointe intelligent qui contrôle l’activité cérébrale et s’adapte aux réactions de ce dernier.

 

Black Mirror saison 3

 

Autant le dire tout de suite : les implants cybernétiques invasifs dans le monde du jeu vidéo, ça n’existe pas (encore). Une technologie de ce genre nécessiterait une compréhension exhaustive du système nerveux central, une capacité à le manipuler grâce aux nanotechnologies, ainsi qu’une intelligence artificielle très puissante.

En attendant les résultats de l’Human Brain Project qui étudie le fonctionnement du cerveau humain, et l’espoir de voir naître un jour une réalité augmentée sans médium (écran de téléphone portable, casque ou lunettes), les amateurs de sensations fortes peuvent se satisfaire des jeux de survival horror en réalité augmentée, comme Night Terrors.

 

 

E3 – Tais-toi et danse : cyber-chantage et trolling

Le chantage à la webcam existe bel et bien, et touche chaque année des milliers de victimes. Il s’agit le plus souvent de demander une somme d’argent en menaçant de divulguer les images enregistrées via la webcam de la victime sur un site de rencontre, par exemple. Des solutions existent pour y faire face (auprès de la CNIL par exemple), et il est évidemment déconseillé de suivre l’exemple des deux personnages principaux de Tais-toi et danse.

Dans cet épisode, Kenny et Hector suivent à la lettre les instructions de personnes qui ont piraté leur ordinateur et menacent de divulguer des images embarrassantes. Terrorisés à l’idée que leurs proches prennent connaissance des images, les deux protagonistes sont amenés à accomplir des actes de plus en plus inquiétants.

Un troll apparaît à la fin de l’épisode, mais pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, nous laissons libre cours à votre imagination pour deviner la nature de la farce.

 

Black Mirror saison 3

 

E4 – San Junipero : le fantasme du mind uploading (SPOIL)

San Junipero est sans aucun doute l’épisode le plus optimiste de la saison. Il parle d’un monde virtuel au sein desquels les êtres vieillissants peuvent choisir d’être téléchargés pour y poursuivre leur vie. Le processus de transfert de la conscience vers le cloud ne prend que quelques secondes, et doit être validé par un membre de la famille.

Si des projets sont en cours, aucun programme informatique ne permet de reproduire le fonctionnement d’un cerveau aujourd’hui. Il est encore plus difficile d’imaginer la numérisation du cerveau d’un individu particulier et de ses milliards de neurones ! Supposons qu’un transfert de notre cerveau vers un ordinateur soit possible un jour, il faudrait encore qu’il puisse prendre conscience de lui-même, processus qui demeure encore mystérieux…

En tout cas, le fantasme des transhumanistes existe bel et bien : certains chercheurs défendent le concept de mind uploading (téléchargement de l’esprit) et de mind clones, ces versions digitales et éternelles de l’être humain… Pour eux, il sera possible un jour d’effectuer une « copie de sauvegarde » de notre personnalité, qui pourra être ressuscitée une fois placée dans un nouveau corps artificiel ou virtuel.

 

E5 – Tuer sans état d’âme : un système anti-culpabilité pour les militaires (SPOIL)

Dans l’épisode 5, il est encore question d’implant : appelé « masque » et exclusivement réservé aux soldats, il permet à ces derniers de percevoir des faces de monstres à la place de certains visages humains. Pour que le système anti-culpabilité soit efficace, aucun soldat ne devra être au courant qu’il s’agit réellement d’humains.

Bien heureusement, un tel système n’existe pas. Mais le concept part d’une réalité : les militaires éprouvent les difficultés que l’on peut imaginer à tirer sur leurs semblables. Ils sont particulièrement touchés par la dépression, la perte de mémoire et autres symptômes du stress post-traumatique.

 

Black Mirror saison 3

 

La DARPA, Agence pour les projets de recherche avancée de défense, développe actuellement une nouvelle puce pour analyser et traiter ces troubles. L’implant cybernétique en question permettra d’enregistrer l’activité cérébrale quand un sujet passe d’un état normal à un état anxieux ou dépressif. À terme, ces états pourraient être traités à distance, par le biais d’un dispositif qui forcerait le cerveau à établir de nouveaux circuits en dehors des régions traumatisées.

Difficile de déterminer, à notre échelle, si ces dispositifs invasifs sont plus prometteurs qu’effrayants…

 

E6- Haine virtuelle : pourra-t-on pirater les RoboBees ?

Pour le final de la saison, Charlie Brooker a décidé de reprendre un concept déjà controversé : les Robobees, minuscules robots en forme d’abeilles issus de la recherche en microrobotique et biomimétique. Par le projet Autonomous Flying Microrobots, les chercheurs de l’Université de Harvard entendent pallier la disparition des abeilles en relançant le processus de pollinisation.

Dans Black Mirror, la société Granular qui gère les DIA (Drone Insecte Autonome) a été compromise par le gouvernement qui se sert de ces mini-drones pour surveiller la population. Pire : le système a été piraté par un hacker aux intentions encore plus déplorables.

Dans la réalité, ces mini-drones déjà controversés ne sont pas prêts d’être commercialisés : en 2013, leur temps de vol maximal était d’à peine 20 secondes. Mais leur champ de fonction est en train de se multiplier : les robots volants pourraient être utilisés pour d’autres usages que la pollinisation, notamment la recherche, le sauvetage, la surveillance, le climat et le contrôle environnemental…

 

Les RoboBees de Harvard (crédit photo : Wyss Institute) sont moins réalistes que les DIA de Black Mirror.
Les RoboBees de Harvard (crédit photo : Wyss Institute) sont moins réalistes que les DIA de Black Mirror.

Partager cet article

Thèmes associés

Divertissement Innovation technologique

Lire ensuite